Stéphane Bigo, du voyage à cheval à l’éthologie

Stéphane Bigo, du voyage à cheval à l’éthologie

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Pendant plus de 25 ans, Stéphane Bigo a sillonné la planète à cheval. Aujourd’hui, il se consacre à l’enseignement éthologique. Rencontre avec un cavalier au long cours qui a encore beaucoup, beaucoup à nous apprendre… 

Un autre regard sur les cultures du monde


Dans le monde du voyage à cheval, son nom suscite immédiatement l’admiration et le respect. Stéphane Bigo ? Une légende vivante !


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USA-Mexique , veille du grand départ : confiance, respect et affection... ©  Collection S. Bigo

Voyageur à cheval, écrivain, photographe, conférencier, cavalier d’endurance, enseignant d’équitation DE, spécialiste de l’éducation éthologique du cheval… Par Toutatis, y a-t-il une seule activité que Stéphane Bigo n’ait pas exercée pour servir la cause du cheval et des peuples cavaliers ? Difficile de résumer le parcours hors des sentiers battus d’un homme doté de tant de cordes à son arc… si ce n’est, peut-être, en disant qu’avant tout cela, et au-delà de ses différentes « étiquettes », Stéphane Bigo est surtout une belle personne. Précisément parce qu’il est inclassable et réfractaire à tout ce qui nous formate, nous assiste, nous enferme ou nous fige…

Voyager pour mieux connaître l'autre


Ce grand cavalier humaniste au regard pétillant d’intelligence,  pour lequel « la connaissance de l'autre est le premier facteur de paix dans le monde », nous a beaucoup apporté du temps de son existence nomade et voyageuse. En prenant (un peu) d’âge et en posant ses sacoches de cavalier au long cours, il aurait pu lever le pied… Mais non ! Cet infatigable globe-trotter a trouvé le moyen de continuer de nous apporter un précieux savoir, par le biais de sa « deuxième vie » d’enseignant d’équitation éthologique. Chapeau bas, Monsieur Bigo ! 

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Au sommet des Rocky Mountains... Colorado, USA ©  Collection S. Bigo

Comment, à la veille de devenir notaire, ce « bourgeois citadin » selon sa propre définition, en est-il venu à tout quitter pour partir explorer le vaste monde sur le dos d’un cheval ? La réponse réside dans ces quelques lignes écrites pour résumer sa démarche : « Je suis né en Occident, dans une région du monde où se sont développés science, démocratie et libre arbitre. Telle est ma culture, la paire de lunettes à travers laquelle je vois le monde. Si je voyage à cheval, c'est que je ne veux pas en rester là. Ma quête est d'élargir mon horizon, de chausser d'autres lunettes ou tout au moins de mettre des verres correcteurs à ceux que je porte déjà. Je suis myope et le resterai toute ma vie, Inch'Allah !

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Guadalajara - Le Charro, l'hidalgo mexicain ©  Collection S. Bigo

Le cheval, sésame idéal


De culture greco-judéo- chrétienne, je me demandais quelle vision du monde on pouvait avoir si l'on était musulman, animiste, taoïste, bouddhiste ou hindouiste ? Un des intérêts majeurs du voyage à cheval est qu'il permet l'immersion dans une culture par une approche pragmatique des choses. J'aime que l'intellectuel procède du manuel. C'est le seul moyen pour que nos « modèles » restent frappés au coin du bon sens. Et le cheval est le sésame idéal pour entrer en contact avec les gens et avoir un aperçu de leur vie et de leurs préoccupations. »

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Turquie : le cavalier voyageur parcourt le monde au fil de l'eau, du soleil, de la pluie... ©  Collection S. Bigo

La première vie de Stéphane Bigo commence le 31 mai 1937 dans le nord de la France. De 4 à 7 ans, le petit Stéphane vit dans une ferme : « C’est une chose qui te marque à jamais, une  source vivante qui fait qu’avec des animaux dans la nature on est chez soi », commente-t-il. Mais à l’âge de raison, il rejoint la ville avec sa famille, à Marcq-en-Baroeul près de Lille. En grandissant, son parcours semble tout tracé : après tout, il n’est pas issu d’une famille de cavaliers, mais de notaires ! Un héritage paternel dont il aurait aisément pu profiter s’il avait choisi la facilité et la stabilité. Bon en maths, il s’oriente d’abord vers des études scientifiques, intègre Sup’Aéro et devient ingénieur civil de l’aéronautique.

Affiner la relation avec le cheval


A Salon-de-Provence, pendant son service militaire, Stéphane Bigo découvre les joies de l’équitation d’extérieur : « C’est là que j’ai pris ma première gamelle ! » Il randonne avec bonheur en Camargue et dans les Alpilles, puis décide d’affiner sa relation avec le cheval. Il s’inscrit alors en club, passe son 1er puis 2d degré et découvre le CSO, qui lui offre « des sensations. » Plus tard, il s’initiera également à l’endurance, une belle discipline d’extérieur découverte avec Denis Letartre. En national il fera les 135 km d’Allan !

Côté professionnel il rejoint la tradition familiale, travaille avec son père et obtient tous les diplômes qui lui permettent de devenir notaire. Jusqu’à ce jour où, en passe de racheter la charge notariale, grande remise en question, il décide de prendre l’année sabbatique qui allait initier sa deuxième vie, celle de cavalier au long cours.

Ne pas être astreint à l'asphalte


« Mon truc, c’était le voyage. Ça, j’en étais sûr. Je n’ai pas passé 39 ans le cul sur une chaise pour aller me sédentariser quelque part. J’avais le choix entre partir à vélo, à moto, en routard… Mais je ne voulais pas être astreint à l’asphalte. Et quand j’ai pensé "à cheval" ça a été l’illumination, la belle bleue qui dégouline en étincelles multicolores. Même si, en tant que cavalier de club, je me suis rendu compte que je n'avais aucune compétence de randonneur équestre !"


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Cameroun - Didango, mon grand Duduche. On partage ? ©  Collection S. Bigo

Replaçons les choses dans leur contexte : certes, le tourisme équestre se développait en France – c’était l’époque de la FREF et de l’ANTE (Fédération des Randonneurs Équestres de France et Association Nationale du Tourisme Équestre) -  mais le voyage à cheval n’a rien à voir : « Dans le tourisme équestre, le cavalier s’adresse à un professionnel pour randonner, constate Stéphane. Dans le voyage à cheval, il doit tout assumer, y compris une réorganisation complète de sa vie. » Il s’avère que cette année sabbatique s’étale aujourd’hui sur plus de 40 ans !

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Sud Iran - Le barattage du lait, comme une prière quotidienne ©  Collection S. Bigo

Pour son premier voyage à cheval, en 1976-1977, Stéphane Bigo décide de parcourir le Moyen Orient d'Istanbul à Kabul. Il traverse la Turquie, l'Irak, l'Iran et l'Afghanistan. Au retour, il écrit son premier livre,  « Crinières au vent d'Asie », publié chez Nathan, qui obtient le Prix du livre d'aventure vécue en 1979.

Seul avec soi-même


Ce premier voyage ne lui donne qu’une envie : repartir ! Pour cet homme curieux et cultivé qui a décidé de prendre son destin en main,  le voyage à cheval offre non seulement un autre regard sur le monde, mais aussi une façon de se réaliser :  « Le voyage à cheval en solitaire, c’est le voyage et le cheval, un monde sur un monde. Ça vous largue seul avec vous-même, en face à face et aux limites. Plus possible de tricher. Avec un cheval dessous et une mule derrière, la terre entière s’offre en cadeau. »

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Mexique - Chez les Lacandons, descendants des Mayas ©  Collection S. Bigo

En 1979-1980, Stéphane part de Denver pour découvrir le Far-West américain et traverser tout le Mexique jusqu'au Guatemala. « Crinières au vent indien », chez Robert Laffont, racontera cette aventure. 

8000 km en Amérique du Sud


En 1984-1985, c’est la découverte de l'Amérique du Sud : Brésil, Paraguay, Argentine, Chili, Pérou et Bolivie. Cette fois ce n’est plus en solitaire qu’il voyage mais en compagnie de sa compagne de l’époque, Michèle Corson. « Partir en couple, cela peut être très riche, très exaltant mais il n’y a plus ce "larguer les amarres", cette immersion dans l’inconnu. Et la belle aventure se transforme parfois en roman de gare ! »  8.000 km parcourus et racontés dans  « Crinières sans frontières », publié par Albin Michel (épuisé).

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Cameroun - Élégances cavalières ©  Collection S. Bigo

Souvent Stéphane se demande s’il vivrait dans les pays qu’il traverse. Il décide de tenter l’expérience au Brésil. Objectif : développer le tourisme équestre inexistant dans ce pays mais aussi l’endurance. Il y passera cinq années de sa vie et rencontrera  la belle Véronique Germa, franco-brésilienne, à l’époque institutrice au lycée français de São Paulo.

En 1994, l'Afrique l’appelle : toujours à cheval. Véronique, fan de Daktari et de « Out of Africa » insiste pour l’accompagner. Stéphane se laisse convaincre et traverse avec elle le Cameroun, puis l’Éthiopie et le Kenya. Bien lui en prend,  il la demande en mariage à la fin du voyage. Au tour de Véronique de se laisser convaincre... Ensemble, ils écrivent « Crinières d'ébène », publié chez Belin.

Le voyage à cheval, ce n’est pas forcément à l’autre bout du monde : en 1997, Stéphane traverse les Pyrénées avec un ami, Claude Carcy, de l'Atlantique à la Méditerranée par le GR 10. 1 000 km avec des équidés de la région (Mérens, Pottock et mule). « Un condensé de difficultés rencontrées nulle part ailleurs. »

A cheval sur les routes de la soie


En 1999, c’est en père de famille qu’il repart explorer le continent asiatique : il démarre d’Urumqi, la capitale du Xinjiang (Turkestan chinois) avec une caravane de trois chevaux et deux chameaux et parcourt, en compagnie de ses deux fils (à tour de rôle) et de Véronique, 2 500 km en Chine sur les routes de la soie. A travers les Monts Célestes, le désert du Takla Makan, Kashgar et l’Himalaya, il rallie le Pakistan par la Khunjerab Pass. Au retour, il écrit « Crinières de Jade », paru chez Belin, qui obtient le prix René Caillié des écrits de voyage en 2002. 

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Iran - Désert du Lüt. Mansour transporte le foin sans selle ni bât ©  Collection S. Bigo

Les voyages à cheval de Stéphane Bigo constituent aussi la base culturelle de ses conférences et interventions en milieu scolaire, lorsqu’il est en France. Celles-ci lui permettent de vivre et s’articulent autour d’un projet qu’il intitule « Connaissance de l’Homme", qui fut en son temps agréé par l’Unesco et qu’il poursuivit ensuite avec Véronique dans la région marseillaise (via l’association « Planète et Connaissance de l’Homme »). C’est par un véritable travail de chercheur qu’il élabore ses programmes.

Se questionner sur les valeurs culturelles


« A la fin de mes voyages, je rédige une sorte de  mémoire de type universitaire qui me sert de base pour mes interventions. Il tient compte de ce que j’ai pu voir sur place mais aussi de lectures diverses ou d’enseignements de  spécialistes en sciences humaines de la région du monde que je viens de traverser. Cela débouche parfois sur des questions fort intéressantes. En Afrique par exemple, les particularités que j’ai pu rencontrer aussi bien au Cameroun qu’au Kenya ou au Mali (ethnies, animisme, organisation sociale et familiale : castes, monarchies, matriarcat, polygamie, classe d’âge…) font-elles partie d’un patchwork culturel ou sont-elles les fondamentaux d’une véritable civilisation ? »

Ses études sur l’Islam le passionnent à tel point qu’il propose même à Jack Lang de recréer à l’Institut du Monde Arabe une « maison de la sagesse », comme il en existait à l’époque de l’âge d’or de l’Islam. Mais il s’intéresse tout autant à l’Amérique latine, dont il retrace avec jubilation « toute l’histoire depuis la colonisation. »

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Cameroun - Rites de passage chez les Falis. Quand les enfants deviennent des guerriers ©  Collection S. Bigo

Éduquer le cheval... et s'éduquer soi-même


En 1995, le cavalier-conférencier passe son monitorat d’équitation. Dès la fin de son cycle de grands voyages (1999), il s’intéresse à l’éducation du cheval. Tout en continuant à randonner (Ardennes en 2002, Alpes, Jura et Vosges en 2003), il commence à diriger des stages d’équitation éthologique : un aboutissement naturel pour ce cavalier au long cours qui n’a eu de cesse de mieux comprendre la nature profonde du cheval. « L'équitation éthologique, comme l'équitation de légèreté, consiste d'une part à éduquer et à utiliser le cheval dans le respect de sa nature, d'autre part à s'éduquer soi-même pour être à la hauteur de cette tâche. » Voilà une excellente définition, dont devraient s’inspirer bien des pseudo-cavaliers éthologiques actuels !  

Fusionner les deux équitations


De cette réflexion est né un livre paru chez Belin en 2010, « L’équitation de légèreté par l’éthologie ». Cet ouvrage de référence, réédité avec succès en 2013, est le seul à proposer une fusion de ces « deux » équitations trop souvent opposées : l’équitation de tradition française issue des grands écuyers des siècles passés et l’équitation éthologique contemporaine.

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Inde : Véronique Bigo en pleine séance de méditation. Le voyage est aussi intérieur... ©  Collection S. Bigo


Merci à toutes les crinières du monde...


Lors de ses stages, enrichis de son incroyable expérience des cultures équestres du monde, Stéphane Bigo apprend au cavalier à  « créer un vrai dialogue » et à devenir « le membre alpha, le meneur de jeu, le leader de son cheval,  jamais le dominateur. »  Sa démarche va bien au-delà de l’éducation du cheval et du cavalier : elle est aussi sa façon d’exprimer sa gratitude envers tous les chevaux qui l'ont fait « danser parmi les vents des cieux » et qui, d’un continent à l’autre, l’ont aidé à mieux se connaître lui-même…

Aujourd'hui comme hier, Stéphane Bigo dialogue avec le cheval
Aujourd'hui comme hier, Stéphane Bigo dialogue avec le cheval... et nous enseigne à faire de même !  ©  Marc Biardeau

« Un jour que je tendais l’oreille, dit-il, un cheval m’a chuchoté : "À ceux qui me dominent, j’offre ma force et ma rapidité, mais à ceux qui m’apprivoisent j’ouvre les portes de ma propre magie. Car je suis plus qu’un moyen, je suis l’initiateur." Alors, un peu surpris, je suis parti avec lui. D’abord à l’aventure pour aller jusqu’où le ciel et la terre se confondent. Ensuite à sa recherche. Et là, stupéfaction, il m’a emmené sur les chemins de ma propre conscience. Comme s’il voulait m’ouvrir les yeux sur moi-même après me les avoir ouverts sur le monde. »

Photos ©  Collection S. Bigo. Tous Droits Réservés.
Photo édito : "Sud Iran : je marche dans un univers bleu pâle, je flotte dans une sphère d'azur..."

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Le site de Stéphane Bigo est plus spécialement destiné à ceux qui veulent éduquer les chevaux ainsi qu'à tous ceux (voyageurs inclus) qui désirent avoir un aperçu des cultures du monde. Vous y trouverez le calendrier des stages et des randonnées, et pourrez aussi commander ses ouvrages dédicacés.  





























Tous les livres de Stéphane Bigo sont disponibles sur son site (dédicacés !) ou sur www.equibooks.fr




























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