Comment franchir un fossé en extérieur

Comment franchir un fossé en extérieur

À cheval ! / Guide pratique / Préparer sa rando 0

Tous les cavaliers randonneurs le savent : il n’y a parfois pas d'autre choix que de franchir un fossé, sous peine d'un long détour. Comment s’y prendre ? Entraînez-vous avant de partir en rando !


Mettez votre cheval en confiance


En effet, même pour un tout petit fossé de rien du tout, l'expérience se révèle quelquefois délicate, voire remuante !  Voyons comment s'en sortir au mieux grâce aux conseils avisés de Joël Capellier, guide de tourisme équestre… 

En rando, un fossé imprévu peut survenir à tout moment, mieux vaut être paré ! @Blog Cheval d'Aventure
En rando, un fossé imprévu peut surgir devant le cavalier à tout moment : mieux vaut être paré ! @Blog Cheval d'Aventure


Il n'est pas rare de voir un cheval sauter facilement, et en toute confiance, un tronc d'arbre, un petit muret, et s'arrêter, oreilles pointées vers la chose, devant une tranchée qui lui barre le passage. Le plus souvent, c'est parce qu'il n'a pas encore appris à franchir ce type d'obstacle, ou parce qu'il en a gardé un mauvais souvenir. 


Exorciser un mauvais souvenir


Dans le premier cas, tout va bien, nous pouvons lui apprendre tranquillement et patiemment. En revanche, s'il s'est fait peur, ou mal, l'affaire est un peu plus délicate. Dans tous les cas, nous devons accepter le fait que les trous, bien qu'ils soient physiquement très faciles à franchir, impressionnent toujours un cheval débutant. Il faut donc prendre le temps de lui faire comprendre que le saut n'est pas très compliqué et qu'il ne risque rien. Imiter les autres 

Première chose à faire : apprenez à votre cheval à passer en main, derrière un congénère ! Joël Capellier
Première chose à faire : apprenez à votre cheval à passer en main, derrière un congénère © Joël Capellier

Pour initier un cheval débutant (mais pas forcément jeune), la meilleure méthode, lorsque c'est possible, consiste à faire équipe avec un copain d'écurie qui connaît bien le métier, car la plupart des chevaux ont naturellement tendance à suivre leurs congénères. Équipez votre cheval en laissant un licol sous le filet, et emportez une longe assez longue et quelques friandises qu'il apprécie, comme des pommes. Cela vous permettra de commencer l'exercice en main. 

Ayez recours à un cheval maître d'école


Après un temps d'échauffement, choisissez un petit fossé sur le bord du chemin, facile et bien dégagé, que le cheval pourra éventuellement passer en enjambant s'il le désire. Vous lui demanderez des sauts lorsqu'il sera bien en confiance. En suivant votre collègue d'assez près, avec vos chevaux en main et votre grande longe (environ 4 m), abordez la difficulté en incitant votre cheval à vous suivre comme si de rien n'était. Assez souvent, même si son copain passe de l'autre côté sans sourciller, le débutant va marquer un temps d'arrêt, perplexe devant le creux qu'il a devant lui.


Ne le faites pas passer de force


Ne le tirez pas en voulant le faire passer à tout prix. Laissez-lui le temps de sentir et d'observer ce qu'il a devant lui, tout en l'encourageant de la voix, sur un ton calme et rassurant. Grâce à la grande longe, vous avez assez de marge pour vous placer de l'autre côté du fossé et l'inciter à vous rejoindre. L'aide d'une friandise peut être très utile. S'il hésite toujours, demandez à votre collègue de refaire quelques passages avec son cheval. Bien souvent, le vôtre finit par le suivre. Si ce n'est pas le cas, n'insistez pas. Revenez le lendemain et les jours suivants. Dites-vous que vous n'avez pas d'échéance imposée. Lorsqu'il aura admis qu'un fossé peut se franchir, ce sera définitif. Cela vaut donc le coup d'être patient.


Franchissement en selle

Si c'est le bon jour et qu'il vous suit volontiers, récompensez-le et redemandez un ou deux passage(s), pour confirmer. Il est certainement mûr pour un franchissement en selle, toujours en suivant son congénère, ce qui va le rassurer.Ne vous accrochez pas aux rênes ! Laissez-le étendre son encolure. Écartez les mains pour le canaliser et sollicitez-le de la voix et avec de petites actions de jambes répétées.

Une seule "porte de sortie"


S'il ne saute pas, gardez-le quand même sur place, en l'empêchant de prendre la tangente. En clair, faites-lui comprendre qu'il n'y a qu'une porte de sortie, et que vous n'êtes pas d'accord pour qu'il en cherche une autre. Si vous le sentez encore inquiet, recommencez quelques passages en main, accompagnés à chaque fois d'une récompense, et remettez-vous en selle.

©Joël Capellier
Deuxième étape : en selle cette fois, dirigez-vous franchement vers le fossé ©Joël Capellier

Il faut s'attendre, car ça arrive souvent, à ce qu'il vous décroche un gros saut de pied ferme. Le genre de saut qui secoue bien le cavalier quand il se fait surprendre. L'ennui, c'est qu'il faut absolument éviter de lui faire payer dans la bouche votre instabilité éventuelle. Vous imaginez sans peine qu'il n'apprécierait pas de se faire plomber les mandibules alors qu'il a sauté si généreusement. Pour cette raison, n'hésitez pas à utiliser un collier d'encolure et à tenir fermement la crinière lorsque vous le sentez armer son saut. 

©Joël Capellier
Pensez à libérer le dos de votre monture en vous mettant en suspension ©Joël Capellier

Avec un zeste de doigté, un soupçon de détermination et une bonne dose de patience, il finira par passer gentiment. Récompensez cette bonne volonté, et recommencez une ou deux fois pour confirmer, et aussi pour qu'il se rende compte que le franchissement ne demande en réalité que peu d'effort. Vous lui signifiez votre satisfaction, et vous continuez la balade comme si de rien n'était. Avec un cheval qui a vécu une expérience déplaisante sur un fossé, vous devez appliquer la même méthode, mais en plus décomposé, de façon à remplacer ses repères par d'autres, beaucoup plus agréables. 

Un cheval convaincu


Après la phase d'initiation, le cheval a compris que ce trou n'était pas dangereux, et que le franchissement ne demandait pas d'effort physique important. Vous pouvez alors aborder d'autres trous, au trot, puis au galop. En fait, l'idéal est de faire comprendre au cheval qu'avec un peu d'élan, dans un bon équilibre, le saut est plus facile, et qu'il fait moins d'effort, surtout si le fossé est assez large.

Sautez d'abord un fossé barré


Pour cela, il est utile de sauter un fossé barré, c’est-à-dire surmonté d'une barre mobile. Placez aussi une barre sur le bord du trou, pour aider le cheval à visualiser son abord. Un tel obstacle incitera le cheval à faire un saut « normal », en se calant sur la barre d'appel. Assez vite, vous pouvez aborder un vrai fossé, toujours barré, à la manière d'un obstacle de cross. 

©Joël Capellier
Surprise, la cavalière s'est rassise trop tôt dans sa selle... mais ça passe ! ©Joël Capellier


Au début, il est fréquent que le cheval décroche des gros sauts, trop importants par rapport à ce qu'il doit franchir, mais peu à peu, il apprend de lui-même à régler son effort. Vous constaterez qu'à largeur égale, les fossés plus profonds impressionnent davantage les chevaux. Poursuivez l'apprentissage en supprimant la barre d'obstacle, mais en laissant la barre d'appel sur le bord du fossé. On peut dire que la leçon est bien assimilée quand le cheval est convaincu que ce type d'obstacle est facilement à sa portée. 


Attendre son saut sans précéder


Les fossés les plus délicats à franchir sont ceux dont les bords ne sont pas franchement délimités, et qui, de loin, se confondent avec le terrain environnant, du genre saignée au milieu d'un champ. Dans ce cas, et contrairement à ce que l'on entend souvent, il faut éviter d'arriver vite pour surprendre le cheval. Le raisonnement du style : « Tu arrives plein pot, et il n'aura pas le temps de s'arrêter ! » ne tient pas, car d'une part le gentil Jolly Jumper est tout à fait capable de s'arrêter net, même au galop, et d'autre part il perdrait rapidement confiance, en se sentant trompé par son cavalier. Il ne s'agit pas de réussir un saut à l'arraché, mais plutôt d'enseigner au cheval les différentes façons d'aller de l'autre côté d'un trou.

Gardez vos jambes "enveloppantes"


Sur un plan purement technique, lorsque le cheval est familier de ce genre de franchissement, il vaut mieux aborder un fossé en maintenant un contact constant et léger avec la bouche, en gardant la tête à niveau, ce qui lui permet de bien voir l'obstacle. Gardez des jambes « enveloppantes », prêtes à agir, et une assiette assez près de la selle. D'une manière générale, adoptez une attitude qui permet de garder le cheval devant vous.


Attention au coup de frein inattendu


À choisir, il est toujours préférable d'être un peu en retard sur le saut. C'est un moindre mal. Il est toujours possible de déplier les bras pour ne pas gêner le cheval dans son saut, alors qu'on se trouve franchement le bec dans l'eau quand on passe devant après un coup de frein inattendu.Poursuivez ces exercices de temps en temps pendant quelques semaines, en ne demandant que quelques sauts, et sans oublier les récompenses ! Très vite, les fossés ne seront plus un problème. 

©Joël Capellier
Et voilà ! Si le cheval a franchi le fossé sans contrainte à la maison,  en rando ce ne sera plus un problème ©Joël Capellier

Encouragez et récompensez de la voix


La voix est une aide précieuse, facile à utiliser en toutes circonstances, alors ne vous en privez pas, mais surtout sans monter le volume. Les oreilles de votre cheval ne sont pas loin et il entend très bien. Parlez-lui calmement, que ce soit pour l'encourager et pour le récompenser. Un « oui, brave », sur un ton léger et pendant le saut est très efficace pour faire comprendre à son cheval ce qu'il a bien fait. Si vous attendez qu'il soit arrêté pour le récompenser, vous l'aurez récompensé pour s'être bien arrêté. C'est en tout cas ce qu'il aura compris. Alors, prenez l'habitude de récompenser de la voix au moment exact où il réalise l'exercice, donc, dans le cas de notre fossé, pendant le saut.




Un grand merci à Joël Capellier, guide de tourisme équestre et auteur du Guide du cavalier de TREC et de 100 conseils du moniteur d'équitation (éditions Vigot)  pour ses conseil


























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