
Le lusitanien et les traditions équestres portugaises
La légende raconte qu’en Lusitanie (Portugal) il se passe quelque chose de singulier : le Lusitanien serait le plus
ancien cheval de selle du monde. Qu'en est-il exactement ?
L'origine du Lusitanien
La plus ancienne trace de l'existence de chevaux au
Portugal nous fait remonter jusqu'au paléolithique. C’était
une race fine et légère pourvue
de sabots étroits adaptés aux sols caillouteux et aux massifs calcaires de la région.
Dans l'Antiquité, le grec
Xénophon et les Maures les décrivent comme
une excellente monture. Ce qui
lui vaut la réputation d'être un cheval redoutable sur les champs de bataille.
Au Moyen Age les chevaliers chargent sur des montures puissantes et
lourdes. Mais face à un ennemi possédant des montures agiles et rapides, les techniques guerrières
durent évoluer. Le cheval ibérique, souple et tonique, est bien plus adapté à
la guerre moderne. Sa renommée grandissante
fait de lui le cheval le plus recherché d’Europe à cette époque. L’art de l'entraîner
devient le passe-temps favori de la noblesse.
On peut même considérer que ce fut les débuts du dressage tel qu'on le pratique
encore aujourd'hui. Danser avec son compagnon devient une passion en soi.

En
1667, le duc de Newcastle écrivit à propos de celui-ci: "C’est le
cheval le plus noble du monde et le plus beau qui puisse être. Il a de
l’esprit, est docile et d’un grand courage. Il a le pas le plus fier avec les meilleures actions dans le trôt,
son galop est le plus relevé. Il est le
plus doux et aimable des chevaux. Le plus apte de tous pour un roi en son jour
de triomphe."
Jusqu’en
1967, Portugais et Espagnols partagent le même livre généalogique. A cette
époque, ces chevaux sont connus sous le nom d’Andalous. A la
séparation du livre généalogique, la branche portugaise a gagné celui de Lusitano,
le terme attribué par la Rome antique à la région connue aujourd’hui comme le
Portugal.( Lusitania ).
Le pur sang
lusitanien, un cheval fonctionnel (Puro
Sangue Lusitano)
Au Portugal, les touradas* montées restent une tradition importante. Raison pour laquelle les portugais se
concentrent principalement sur la production d’un cheval de combat, polyvalent,
qui
possède à la fois une combinaison de force musculaire et des mouvements
progressifs, permettant des démarrages explosifs, une bonne agilité et des
arrêts brusques. Il est important de noter que la préservation de ces
traditions et valeurs portugaises a permis au Lusitanien d’avoir su conserver
sa forme originale, ainsi qu’un esprit courageux et disposé au travail.

Il est important de
noter que la préservation de ces traditions et des valeurs portugaises a permis
au Lusitanien d’avoir su conserver sa forme originale, ainsi qu’un esprit
courageux et disposé au travail.
Les caractéristiques
physiques du Lusitanien
Cheval au sang chaud comme le pur
sang arabe, le Lusitanien réunit de multiples qualités :
- Un cheval carré avec une hauteur de 160 cm au garrot,
- La tête est noble, il a de grands yeux avec beaucoup d’expression et un chanfrein convexe,
- L’encolure est bien dégagée, l’épaule longue et inclinée avec un bon dégagement de mouvement vers l’avant,
- Son garrot bien formé, permet une assise de selle confortable sur un dos droit et solide, pratiquement horizontal,
- Le poitrail est profond et musclé, la croupe forte et arrondie avec une attache de queue plutôt basse,
- Ses membres sont par ailleurs puissants et secs,
- Ses sabots sont sains, de bonne qualité et les talons peu ouverts.

L'élevage de la race lusitanienne
Dans
les élevages portugais, les traditions se perpétuent de générations en
générations. On compterait plus de 400 élevages de Lusitaniens. Ils sont
marqués à la cuisse avec le "fer" de leur éleveur.
Il
existe des lignées destinées plus ou moins à une activité en particulier :
- La lignée Veiga : ce model reste parmi les lusitaniens les plus recherchés. Créé à la base pour affronter le taureau sauvage, son caractère et son intelligence procurent une équitation très fine.
- La lignée Alter Real : elle représente la branche noble associée à l'école portugaise d'Art équestre. La robe est majoritairement baie.
- La lignée Andrade : la lignée remonte au 19ème siècle. Elle est particulièrement recherchée pour les cavaliers qui souhaitent faire des concours de dressage.
- Le National stud-book à Fonte Boa : fondée au 19ème siècle, c'est le sang le plus répandu au Portugal. Les chevaux conviennent très bien pour l'attelage et le dressage.
L’Ecole Portugaise d’Art Equestre (EPAE) à Lisbonne
L’Ecole Portugaise d'Art Equestre (EPAE) est une référence absolue. Elle
a été créé en 1979 par le ministère portugais de l'agriculture et recréée sur
la base de l'Académie Equestre Portugaise du manège royal : le Real Picaria (ensemble d'exercices
équestres), à la fin du 19ème siècle.
L'école
est située dans le Palais National de Queduz, le "petit Versailles portugais".
Ce palais intime est plein de luxe et de fantaisie.
L’Ecole Portugaise d'Art Equestre (EPAE)
a une longue et belle tradition derrière elle. Les costumes d’origine, en
velours, les chapeaux tricornes et les selles ont subi très peu de changements.
Les étalons bais de la Coudelaria Alter Real montés aujourd’hui sont les mêmes
qu’il y a deux cents ans, des chevaux de type baroque de la race Lusitano, renommés
pour leur usage en tourada*.

Les rendez-vous équestres du Lusitanien
Golegã, cité du cheval
En novembre, aux
fêtes de la Saint-Martin, la
ville est envahie par des milliers
de visiteurs. Cette célébration
existe depuis le 19ème
siècle et a été reconnue comme Fête Nationale du cheval en 1972.
Golegã est également connue comme étant la capitale mondiale du cheval. L'objectif est de participer avec
sa monture en portant le traje
tradiçional, vêtement traditionnel
portugais. L'événement dure plus d’une
semaine entière afin de célébrer le cheval lusitanien de différentes
manières.
La
chasse au lièvre
Cette chasse a un aspect symbolique
et se veut une forme de commémoration des décorations des palaces du XIXème siècle. C'est une
activité qui se pratique à pieds ou à cheval mais qui, en réalité, permet
surtout d'évaluer la rapidité des lévriers.

Festa do Colete Encarnado à Vila Franca
de Xira
La
fête du gilet rouge est la fête des campinos.
Ceux sont les cow-boys portugais qui trient le bétail à cheval, munis de
leur vara (une perche de bois qui
sert à guider ou faire tomber le taureau). Son nom vient très logiquement de
leur gilet rouge, un élément du costume traditionnel qu’ils portent. Depuis 84 ans, cette commémoration
pleine de charme est un moment clé de la vie du comté. Les deux événements
principaux de ce week-end sont le lâché de taureaux dans les rues de la ville
et la course des campinos, une forme d'hommage solennel qui leur est rendu.
Les touradas*
Concernant
les touradas* portugaises, précisons d’emblée qu’en aucun cas l’objectif est de
tuer le taureau, mais bien de démontrer les grandes qualités équestres des
cavaliers.
Le
cheval Lusitano possède des qualités uniques pour ce travail. C’est une monture
qui impressionne les gens par sa docilité, sa sensibilité et son dévouement. La
tourada* à la portugaise, c’est la beauté de la haute école et les mouvements du
cheval dans son expression ultime affrontant le danger dans une danse
harmonieuse et fusionnelle avec son cavalier.

Le
respect envers les animaux est donc de mise puisque les chevaux et taureaux
présents qui s'opposent, sont d'une grande valeur pour les portugais qui les
possèdent.
Précisons
également que cette tradition équestre a été déterminante dans la volonté de
certains éleveurs à préserver la pureté des lignées classiques, et que grâce à
eux nous avons le plaisir de monter le Lusitano tel que nous le connaissons
aujourd’hui.
Les Romarias à cheval
Les
processions à cheval, sont encore bien vivantes dans plusieurs villes
portugaises. Ce
rituel vivant est une invitation à l’amitié, la convivialité et à la dévotion.
Durant un jour ou plus, c'est l’occasion pour les habitués de se rappeler les bons
souvenirs qui ont marqué les éditions précédentes, et pour les nouveaux venus,
de vivre l’expérience avec enthousiasme et émotion, sans oublier à la fin la promesse
de revenir.
Parmi
les villes où elles sont encore bien présentes citons : Moita, Salvaterra,
Arruda, Coruche et Golegã. La procession de Moita à Viana do Alentejo est
unique, elle traverse deux Comtés en quatre jours et parcours cent cinquante kilomètres.
A la fin de celle-ci, la Guarda
Nationale Republicana escorte le cortège de plusieurs centaines de cavaliers.

Les Lusitanos inspirent les artistes
La photographe norvégienne Lena Saugen, passionnée par les Lusitanos, vient
régulièrement au Portugal pour les photographier. Elle aime le fait qu’ils ont de
la prestance, de la sensibilité, de l’audace doublée d’une belle personnalité. Quand
elle photographie les chevaux, elle cherche la parfaite balance entre patience
et énergie de l’instant.
Elle explique aussi que pour y parvenir, il est vital d’avoir une approche du cheval calme et respectueuse, de gagner sa confiance. La magie peut alors opérer, tout spécialement quand on les photographie en liberté. Car les chevaux sont curieux et apprécient de flirter, à leur manière, avec l’appareil photo, réalisant que la photographe joue avec eux. Mais capturer la personnalité du cheval ce n’est pas uniquement représenter sa beauté, c’est également saisir ses expressions, son caractère. Et c’est justement ce qui la fascine le plus dans son travail : elle constate à chaque fois combien chaque cheval est différent.

Le dressage classique au Portugal
Le plus ancien style de dressage classique vient des entraînements de la cavalerie pour le champ de bataille. Il s’est depuis développé en compétition de dressage. Les chevaux ibériques, en particulier les Lusitanos et les Andalous sont, avec les Lipizzans, réputés être les plus aptes à réaliser les airs relevés. Aujourd'hui, la renommée de Maître Luis Valença, qui possède sa propre école et dispense des cours de dressage partout dans le monde, participe encore à cette école de l'excellence.
La plus grande icône du dressage portugais reste Maître Nuno Oliveira. Emblème de la culture équestre portugaise. Aujourd’hui, il est internationalement connu comme le dernier grand Maître de l’Art du dressage classique. Son fils João Oliveira, décédé en 2007, avait également un énorme talent qui malheureusement ne fut pas assez reconnu.
Même si vous n’êtes pas cavalier(e) de dressage, vous pouvez lire son enseignement qui vous guidera très certainement vers une équitation tout en légèreté.
*la tourada : course portugaise ou corrida portugaise (portugais : « tourada ») est une forme de corrida à cheval, pratiquée essentiellement au Portugal et également dans le midi de la France.
Propos recueillis par Barberine Duvivier.
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