Du bon comportement du randonneur à cheval

Du bon comportement du randonneur à cheval

À cheval ! / Guide pratique / Préparer sa rando 0
Voyager n’est jamais anodin, ni pour soi ni pour les autres. Le voyage à cheval n’échappe bien sûr pas à la règle.

Voyager à cheval à l'étranger ou en France


Il présente simplement, en plus des "règles générales" un certain nombre de spécificités. Commençons peut-être par ce compagnon de route que nous aimons tant : le cheval !
Deux cas de figure : à l’étranger on vous en confie un. En France, ce peut-être le cas bien sûr mais un certain nombre de cavaliers de l’hexagone partagent le voyage avec leur propre monture.

Le choix du cheval à l'étranger


Dans le premier cas, la découverte, le choix et l’abord sont primordiaux. Lors de toute "bonne" randonnée équestre, le choix se fait grâce aux informations données par le cavalier. Un petit conseil : ne jamais tenter de cacher son niveau, son envie, son expérience. Personne n’est là pour juger et si le choix est mauvais, non seulement le randonneur gâchera son voyage, mais il risquera de gâcher celui de ses compagnons de route etil risque de se mettre en danger et de mettre son cheval en danger. Je me souviens du regard d’une maman lorsqu’au début d’une randonnée à cheval en Namibie, l’une des plus véloces que j’ai pu entreprendre, sa fille de 20 ans qui l’accompagnait souhaitait une monture rapide voire fougueuse ! Heureusement, non seulement Wandi notre hôtesse avait perçu le regard de la maman mais en plus, il y eut cette balade test qui a conforté la raison et a permis à la jeune cavalière de randonner avec un cheval à son niveau. Il ne faut pas sous-estimer les difficultés (rythme de la randonnée mais également temps passé à cheval : 6 ou 7 heures par jour c’est long).

Le choix du cheval @Blog Cheval d'Aventure
Le choix du cheval @Blog Cheval d'Aventure

Pour illustrer un autre cas de figure, j’évoquerais ce cavalier lors de la "Chevauchée Fantastique" en Arizona, cavalier que l’on pourrait qualifier de lourdaud mais surtout de "sans gêne" et peu respectueux. Il s’était vu attribuer un brave cheval certes mais lui aussi un peu lourdaud et parfois maladroit. Son cavalier n’a cessé de le rabrouer voire de le maltraiter. Or, il se trouve qu’au cours du voyage, alors que nous échangions nos montures "pour voir", ce cheval a été monté une petite heure par un débutant. Débutant au demeurant attentif, sans agressivité et sans frime. Le cheval est redevenu alors un bon cheval de randonnée, généreux, calme et allant. Face à la bêtise disons-le de son cavalier principal, le cheval avait décidé de ne pas lui rendre la randonnée agréable. Il se rebiffait face à l’agressivité et à la maladresse qui vont souvent de paire. Pas de méchanceté ni de mise en danger de sa part. Simplement un message de ras le bol. La démonstration de ce jour-là fut limpide et dans la mesure où le cavalier désagréable avait déjà fait l’unanimité contre lui, les rires ont fusé. Au grand dam du cavalier qui par ailleurs n’avait toujours pas compris le message... Quel dommage car il s’est privé du plaisir de cette chevauchée mythique dans l’Ouest américain qui s’est terminée en apothéose au bord du Grand Canyon. A se battre contre son cheval, il en a tout simplement oublié de vivre des moments de bonheurs intenses.

A cheval dans l'ouest américain @Blog Cheval d'Aventure
A cheval dans l'ouest américain @Blog Cheval d'Aventure

Les allures en randonnées à cheval 


Toujours dans le rapport avec sa monture, lors d’une randonnée, je me souviens de la rencontre avec ces petits mais fougueux chevaux islandais. Après des explications sur le tölt, cette allure à quatre temps propre à cette race de chevaux, notre guide local nous demande de nous mettre à cheval et nous explique qu’il faut "s’écraser" dans la selle et lever les mains. Oups ! L’inverse de ce que nous avions appris. Pas grave ! Règle d’or : suivre les indications du guide local et le croire sur paroles. Une fois cette règle de base respectée, imaginez-vous en train de tölter à vive allure sur les plaines de cendre ou encore plus, sur les dunes de sable noir. Croyez-le, sensations garanties. Soyons humbles face à ces mondes inconnus. La base apprise – elle est indispensable – est là pour justement nous permettre de nous adapter et de bien monter.

Galop en Namibie @Blog Cheval d'Aventure
Galop en Namibie @Blog Cheval d'Aventure

Les randonnées à cheval sont l’occasion de parcourir des terrains très divers, aux trois allures. Et même si le pas est l’allure souvent majoritaire, le cavalier doit s’adapter et avoir un comportement qui lui permette de faire le voyage sans danger et le plus confortablement possible. S’il le fait, il se fatiguera moins, il fatiguera moins son cheval et celui-ci saura lui donner beaucoup en échange de son comportement. Les liens qui se créeront alors en surprendront plus d’un. Combien de fois des cavalières (majoritaires en randonnée) ont avoué avoir versé une larme au moment de la séparation. Moi-même je n’échappe pas à la règle. Je me souviens en particulier de mes larmes lorsque je quittais Alba une petite jument corse qui m’avait donné sa force, sa générosité et sans doute le maître mot, sa confiance.

La complicité avec le cheval dans un voyage en groupe


Une fois que le couple cheval/cavalier est formé, l’aventure commence et au-delà du plaisir de la découverte de paysages souvent somptueux et du plaisir purement équestre, il y a le rapport avec l’Autre, le compagnon de route inconnu jusque-là la plupart du temps et l’Autre, habitant des contrées visitées. Au-delà du fait que les cavaliers présents partagent a priori la même passion, le comportement humain répond comme toujours à certaines règles : l’attention et l’empathie, le partage et le respect de la spécificité de l’Autre. Cela étant, les mauvaises surprises existent. Comme cette femme rencontrée en Mongolie qui non seulement ne souhaitait pas respecter les règles propres à la vie en groupe mais plus grave, ne respectait pas les Mongols par ailleurs adorables qui nous accompagnaient. Sans doute était-elle trop imbue d’elle-même et peut-être cachait-elle une appréhension non reconnue, voire un sentiment d’infériorité dû à son âge (70 ans…). Il n’empêche, en groupe il faut accepter que nous ne sommes pas seuls et que les uns dépendent des autres. Le partage fait partie intrinsèque de ces voyages. Certains ne le supportent pas et préfèrent partir seuls. D’autres veulent jouer sur les deux tableaux : profiter de l’infrastructure et de l’organisation mise en place et avoir un comportement individualiste. Cela étant, que l’on ne se méprenne pas.

Caravane de chevaux et de cavaliers @Blog Cheval d'Aventure
Caravane de chevaux et de cavaliers @Blog Cheval d'Aventure

Voyager en groupe n’empêche pas une certaine autonomie, des moments de solitude pour ceux qui le souhaitent. Même au sein d’un groupe de cavaliers, on est seul à cheval. Et puis l’espace de ces contrées lointaines permet à chacun de trouver son propre cercle, quitte à le partager ponctuellement avec d’autres. La participation aux tâches collectives, l’entretien de son cheval et le partage avec l’autre font que le voyage restera un excellent souvenir. Alors bien sûr, les affinités sont diverses. L’état d’esprit également. Mais croyez-le, partager une telle aventure avec un "bon" groupe est une expérience inoubliable. J’en veux pour preuve ce voyage au Kamtchatka, une ouverture d’itinéraire qui plus est. Les conditions étaient difficiles (tempêtes cycloniques). Nous étions au milieu de nulle part, dans une région on ne peut plus sauvage. Mais la cohésion du groupe, l’expérience de chacun et l’attention aux autres ont fait que ce voyage est resté gravé dans la mémoire de chacun.

Réussir son voyage à cheval


Et puis il y a la rencontre et si possible l’échange avec l’Autochtone. Là encore le respect, l’attention à l’Autre, le partage avec un grand P sont les garants d’un voyage réussi car ô combien enrichissant. Le fait que nous les abordions à cheval change le rapport avec le touriste classique. S’il n’y a aucun sentiment de supériorité qui peut être généré par la position en hauteur et la vitesse éventuellement d’une arrivée au galop (à bannir), l’accueil est très souvent chaleureux, mélange de sympathie et de curiosité. Dans des contrées comme le Ladakh (Himalaya indien) les cavaliers sont rares. Je me souviens de cette jeune femme qui m’avait abordée, poussée par la curiosité. Cette curiosité qui a entraîné rapidement une certaine empathie. Elle m’avoua que son intérêt venait en premier lieu du fait que nous étions des cavaliers alors que les touristes nombreux dans la région sont des marcheurs, d’où notre différence et notre intérêt. Dans d’autres pays comme la Mongolie où le cheval est roi, le fait que nous soyons cavaliers ne nous dispense pas de respecter les traditions.

Complicité entre un cavalier un autochtone en Mongolie @Blog Cheval d'Aventure
Complicité entre un cavalier un autochtone en Mongolie @Blog Cheval d'Aventure
Au contraire ! Il s’agit de respecter les règles fondamentales comme celle d’aborder une yourte au pas, voire à pied. Ceci est valable dans le monde entier mais en Mongolie, elle est d’autant plus fondamentale qu’elle régit la vie de ses habitants depuis des millénaires. Si les règles sont respectées, la récompense est toujours au rendez-vous. Ainsi lorsque nous abordions les villages Dogons au Mali, grâce aux chevaux et à notre attitude respectueuse, nous fûmes reçus par un chef de village le plus souvent avare de rencontre avec les toubabs (les blancs) mais qui partagea avec nous son amour du cheval. Autre moment fort lorsque dans un autre village où nous passions la nuit, les habitants ravis de notre venue nous avaient présenté un à un leurs chevaux respectifs dont ils étaient très fiers (à juste titre). Fort de notre connivence, ils nous organisèrent une superbe fantasia et nous accompagnèrent à cheval jusqu’à la sortie du village. Tous les cavaliers de notre groupe en furent particulièrement touchés. Même celui qui pour permettre à son cheval de boire en premier payait les paysans aux abords des puits. Et ce, alors que dans ces contrées souvent victimes de la sécheresse (le Sahel), l’accès à l’eau se partage sans condition pécuniaire afin de permettre aux plus pauvres – et ils sont nombreux - d’accéder à cette eau si précieuse pour leur survie et celle de leurs troupeaux.

Respect de l'environnement en randonnée à cheval


Qui dit eau dit environnement. Là encore le respect est primordial. Nous sommes des intrus. Notre présence induit forcément des bouleversements si petits soient-ils. Tout doit être fait pour que notre impact soit le plus minime possible. Nos déchets évidemment disproportionnés face à l‘environnement local doivent être récupérés par nos soins et emmenés si possible jusqu’en France où ils seront en partie recyclés. J’ai découvert un jour que nos guides mongols qui nous accompagnaient au nord de la Mongolie, chez les Tsaatans, enfouissaient nos déchets communs dans des trous au lieu de les rapporter en ville. Le mieux quand cela est possible est de les brûler, sachant bien sûr que les plastiques, les piles et autres déchets chimiques ne doivent surtout pas l’être. Cela étant, dans certains pays comme la Mongolie d’ailleurs, la tradition fait que par respect pour le feu, le foyer, il est normalement interdit d’y jeter n’importe quoi. D’où l’enfouissement des déchets. Nous savons tous que malgré notre bonne volonté, certains diktats écologiques ne sont pas forcément respectés.
Les feux de camp font toujours la joie des voyageurs et ils sont souvent indispensables.

Feu de camp @Blog Cheval d'Aventure
Feu de camp @Blog Cheval d'Aventure

Au Pérou, dans la Cordillère des Andes (Vilcanota), les nuits sont très fraîches même en été et nous l’avons réclamé ce feu régénérateur. L’équipe péruvienne a su s’en procurer, provenant de coupes "officielles". Nous leur en fûmes particulièrement reconnaissants d’autant que du coup, au-delà de la simple chaleur, les liens se sont resserrés entre nous car nous avons profité de la convivialité de ce feu pour partager un peu plus que d’habitude. Le vin chaud qu’ils nous ont servi alors a été lui aussi vecteur de partage… Sans être grandiloquent, le feu, c’est l’histoire de l’Humanité. Cependant il ne faut pas en abuser. C’est ainsi que j’ai tenté un jour de faire comprendre à mon guide mongol que même si le feu de camp est particulièrement attractif, il ne s’agit pas de déboiser la région en construisant des bûchers disproportionnés. Je fus finalement entendue. Cependant, notre position de "vieux pollueurs" ne nous rend pas infaillibles. Il ne faut pas tomber dans le piège du donneur de leçons. L’idée est simplement de trouver un équilibre entre ce que nous demandons et ce qu’il est possible de faire sans pour autant nuire à l’environnement.

Les témoignages ici repris sont le fruit de mon expérience et de la chance que j’ai d’avoir déjà parcouru quelques " petits morceaux d’ailleurs". Mais pour en avoir discuté avec certains de mes compagnons de route et avec les agences de voyage spécialisées (dont certaines comme Cheval d’Aventure qui a rédigé une charte du bon randonneur), je constate que les avis concordent même si parfois certains n’ont pas suffisamment de lucidité ni d’humilité pour accepter ces règles.

L’aventure même organisée se partage, se comprend, se vit et se mérite. A nous d’en accepter les règles.  

Texte écrit par Sylvie Pons, Montfort, décembre 2011

Texte publié dans Cheval Magazine en 2011. 

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