Nelson, jeune cavalier en Mongolie

Nelson, jeune cavalier en Mongolie

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Récit d’un voyage équestre immergé au cœur de l’âme mongole à la rencontre de la famille de Baytbayar, qui nomadise avec ses troupeaux aux confins du désert de Gobi. L’idée de ce voyage est née dans les rêves de Nelson, cavalier de 16 ans, atteint d’une leucodystrophie*.  

Le paradoxe d’Ulan Baator


Au cœur d’Ulan Baator, capitale mongole au solide goût soviétique, se construit une modernité de buildings en verre fumé. Attirés par les récentes découvertes de matières premières, l’Extrême-Orient et l’Occident, s’y rencontrent avec férocité. La tentation citadine, les derniers «gan dzud »**, la dislocation du système collectiviste ont favorisé le développement de quartiers de yourtes où vivent misérablement près de 250 000 personnes.
A Ulan Baator, la Mongolie hésite entre la fierté du passé et l’arrogance de la mondialisation : Gengis Khan statufié règne encore sur la ville et son image vend de la vodka ou des portables, les traditions médiévales du Naadam perdurent malgré le karaoké, le marché aux voleurs, les magasins d’Etat, toutes les marques du monde copiées à prix bon marché, un hôtel anodin, une pollution croissante… Les voitures s’affrontent en silence, cahotant sur le goudron aléatoire, et se foutent du feu rouge, du sifflet et des moulinets du policier impassible.
Autant de raisons, ajoutées à l’impatience de l’espace, nous incitent à quitter au plus vite cette ville de plus d’un million d’habitants, sur les 2,8 qu’en compte la Mongolie.  

Rencontre avec l'espace... et les cavaliers mongols…


30 kilomètres plus loin, plus rien… enfin tout.
200 kilomètres plus loin, c’est chez nous … enfin chez eux ! 
La sécheresse aux portes du Gobi, collines et vallons pelés au lieu des verts pâturages mouchetés des yourtes blanches. Quelques gouttes de pluies, un orage gigantesque à 100 kilomètres au nord qui offre aux troupeaux les pâturages d’avant l’hiver.

Arrivée au camp de yourtes @Blog Cheval d'Aventure
Arrivée au camp de yourtes @Blog Cheval d'Aventure
Une longue piste cahotante, de rares véhicules, des cavaliers qui vont et viennent, la poussière d’une harde de chevaux en marche pour le point d’eau… enfin c’est là. 
Deux yourtes, le fromage qui sèche sur le toit, les béquilles de Bathbayar, le sourire de sa femme Inghe, un camion Russe bleu, une ligne d’attache pour les chevaux, un panneau solaire, une parabole, un 4X4 Toyota, une moto, 200 chevaux, 5 vaches, 300 moutons et chèvres, une porte orange tournée au sud, les hommes à l’ouest, les femmes à l’est, des regards silencieux, un thé tiède au lait, des biscuits de fromages… notre boulimie de découvertes s’étanche.

La lenteur s’installe au camp de yourtes


Un cavalier mongol arrive de quelque part… Otgondach, dit Otrot, 14 ans, entre et s’assied à l’ouest. Les mots viennent doucement. Nelson s’impatiente de monter à cheval. Les yeux de Catherine sourient. Mathilde,15 ans, « polaroïde ». Oscar et Robinson, jumeaux de 14 ans, apprécient avec modération le fromage sec offert. Sabrina sourit par gestes et boit son thé.  Les cousines Audrey et Elise aimeraient rendre service.

Séchage de fromages @Blog Cheval d'Aventure
Séchage de fromages @Blog Cheval d'Aventure
Otgontsetseg, une amie mongole férue d’histoire et d’antiquités, traduit. Nous sommes démunis de savoir-vivre. Une mutuelle curiosité nous embarrasse. Silence… nous sommes 11, ils sont 4. Que dire de banal sans parler Mongol ?
Finalement, nous prétextons la nécessité d’installer notre campement de yourte et de tentes à 300 mètres de là. Tungaa, juriste l’hiver et cuisinière l’été depuis plus de 6 saisons, coordonne la construction de notre camp éphémère. Une discrétion énergique, un goût aux rires et à la timidité, des yeux verts discrets et lumineux, elle fût notre toono, cette couronne centrale qui est la clé de voûte de la yourte. Le culte de la lenteur…

Montage de la yourte @Blog Cheval d'Aventure
Montage de la yourte @Blog Cheval d'Aventure

Quelques conversations de gestes plus loin, je comprends qu’un chameau a, d’un coup de pied, cassé la jambe de Baytbayar, que son père Choidog a été décoré par l’Etat pour ses qualités d’éleveur et d’entraîneur de chevaux victorieux au Naadam, qu’il possède les « 5 museaux », avec les « jambes longues » (chevaux, chameaux et bovidés) et les « jambes courtes » (moutons et chèvres). Et demain nous partirons chevaucher vers Senjit Hairhan, un immense îlot rocheux dressé dans la steppe où sont protégés les Argalis (le plus grand mouflon du monde) et l’Ibex de Sibérie.

Premières chevauchées mongoles


Dans nos bagages, quelques tapis de selle multicolores, des licols, de la sangle, des parfums et, achetés à Ulaan Bator du riz, sucre, du thé et de la vodka, offerts sans ostentation, reçus avec discrétion et sans commentaire… juste un regard pudique et reconnaissant.
Assez vite les enfants oublient la limite des langues, et parlent à travers les cerfs-volants, un ballon de foot, le puisage de l’eau, un jeu de carte, la traite des vaches avec Inghe, la tonte et le tri des moutons, les galops à cheval… et aussi les rires devant notre incapacité à trier les moutons à huit cavaliers français alors que deux jeunes mongols y parviennent !! 

Initiation à l'uurga @Blog Cheval d'Aventure
Initiation à l'uurga @Blog Cheval d'Aventure

Peu d'événements prévus, l’esprit ouvert, les sens en éveil avec la curiosité en plus, crée un voyage immobile durant lequel nous égrenons l’essentiel, un temps précieux avec les chevaux au centre.
Nergueï, digne petit-fils et fils d’éleveur, nous initie à « l’uurga » (le lasso au bout d’une perche de 4 m, pour la capture des chevaux), et autres prouesses équestres… dont équilibre et hardiesse sont les mots clés. Il rivalise avec ses deux compères, Jaïk et Elgoï, étudiants l’hiver et centaures des steppes, lutteurs, chanteurs, éleveurs l’été.
Les chevaux mongols sont de grands poneys, chevaux de travail pour le bétail et simplement « débourrés », rustiques et généreux. Ils ressemblent à ce peuple. 

Au fil des jours, le besoin de connaître « les activités » du lendemain, cette espèce de peur du vide qui caractérise souvent le voyageur, a quitté chacun d’entre nous. Et je crois que c'est le jour où Catherine nous dit qu’elle part « en ville » avec Inghe, conduite par Baytbayar : une heure et demie de piste et de poussière ! Le pick up est finalement parti avec toute notre petite tribu éphémère, lavés et bien habillés en bons paysans qui vont « en ville » . D’autant que la ville, posée dans une immense plaine, n’a aucun intérêt, mais c’est l’endroit du téléphone, de l’école, des achats utiles, du dispensaire sommaire, des quelques magasins où tout se vend, de l’unique sens interdit du coin et de l’administration.

En route vers la ville @Blog Cheval d'Aventure
En route vers la ville @Blog Cheval d'Aventure

Le lendemain, Nelson m’a dit : « Papa, je suis heureux ». Nous chevauchons botte à botte, l’horizon sans limites, c’est doux. Le bien-être des Mongols se chante et plus le temps s’écoule entre nous, plus nos hôtes chantent. Le temps passe lentement et se conjugue au présent.
Nous sommes deux familles françaises installées à côté du camp de yourtes de deux familles mongoles. Nous sommes restés auprès d’eux une dizaine de jours afin de partager un morceau de leur vie : monter à cheval tous les jours pour rassembler, abreuver et traire les troupeaux, avant de partir nomadiser alentours 4 jours durant.

Nomades et chariot de yacks @Blog Cheval d'Aventure
Nomades et chariot de chameaux @Blog Cheval d'Aventure
Finalement l’histoire s’est écrite au delà de notre imagination, les enfants mongols finissent par tricher aux cartes aussi bien que les français, et après matchs de foot, verres de vodka et courses de chevaux,  nous nous sommes séparés le cœur serré.
En Mongolie, le ciel est partout immense. 

Texte écrit par Christophe Leservoisier.


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* Leucodystrophie : maladie génétique rare caractérisée par un processus de démyélinisation du système nerveux central et périphérique. En savoir plus : www.ela-asso.com 

** Le « gan dzud » (dzud d’acier) est provoqué par une croûte de gel, aussi dur que le métal, qui recouvre parfois le sol en début d’hiver, avant même les premières chutes de neige. Cette croûte interdit au bétail de pâturer, entraînant la mort de nombreux troupeaux, seules richesses des nomades.

Fin de journée en Mongolie @Blog Cheval d'Aventure
Fin de journée en Mongolie @Blog Cheval d'Aventure



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